Text original publicat per No es época para tontos.
ombien d’incendies d’abord considérés comme de simples accidents ont-ils pu être, en réalité, des opérations de sabotage dont la véritable nature n’a été comprise que plusieurs mois — voire plusieurs années — plus tard ?
Dans cette enquête, nous analysons une transformation profonde des méthodes de déstabilisation utilisées en Europe. Le feu n’est plus seulement une conséquence d’un accident industriel ou d’une défaillance technique : dans plusieurs dossiers documentés par des services de renseignement, des parquets et des décisions de justice, il apparaît aussi comme une arme particulièrement efficace de la guerre hybride.
Le point de départ historique présenté dans la transcription est Vrbětice, en République tchèque, en 2014. Les investigations y ont relié l’explosion de dépôts de munitions au renseignement militaire russe. Mais la méthode était encore classique : agents physiques, faux passeports, infiltration, explosifs et extraction.
Dix ans plus tard, le modèle change radicalement.
En 2024, plusieurs incendies et tentatives d’incendie en Europe montrent une autre mécanique : des exécutants recrutés à distance, parfois sans lien apparent avec la Russie, rémunérés pour accomplir des actes précis. À Varsovie, un magasin est détruit par le feu. À Vilnius, un incendie chez IKEA conduit à la condamnation d’un exécutant rémunéré à hauteur de 10 000 euros via une structure décrite dans la transcription comme liée à la Russie. À Londres, des citoyens britanniques sont condamnés pour un incendie visant un entrepôt contenant du matériel destiné à l’Ukraine, dans une affaire liée au groupe Wagner.
La clé de cette évolution est ce que les services tchèques décrivent comme des « agents Telegram » : des personnes recrutées sur les réseaux sociaux, payées en cryptomonnaies et compartimentées au point qu’elles peuvent ignorer l’identité réelle du commanditaire. L’exécutant peut être britannique, biélorusse, colombien ou d’une autre nationalité ; cela ne permet plus d’identifier directement celui qui a donné l’ordre.
C’est en cela que le sabotage devient « ubérisé » : une gig economy de la destruction, dans laquelle on sous-traite localement l’exécution d’une opération conçue ailleurs.
Un détail revient dans plusieurs dossiers : les exécutants reçoivent l’ordre de filmer l’incendie. La vidéo sert de preuve d’exécution avant paiement, mais peut également alimenter une communication destinée à montrer des infrastructures européennes vulnérables et des autorités apparemment impuissantes.
Pourquoi utiliser le feu plutôt qu’une bombe ? Parce qu’une explosion déclenche immédiatement une enquête antiterroriste, alors qu’un entrepôt qui brûle à trois heures du matin peut d’abord être traité comme un accident industriel. Le feu est peu coûteux, cause des dégâts majeurs et peut détruire une partie des preuves physiques de sa propre origine. Un départ de feu volontaire peut ainsi être confondu pendant des semaines ou des mois avec un court-circuit ou une défaillance technique.
La transcription replace cette méthode dans la zone grise de la guerre hybride : produire des dommages économiques, logistiques et psychologiques importants tout en restant sous le seuil d’une attaque militaire conventionnelle clairement attribuable.
L’enquête évoque également les colis incendiaires transportés en 2024 par des réseaux logistiques européens. Dans ce modèle, il n’est même plus nécessaire d’envoyer un agent sur place : la chaîne de transport elle-même devient le vecteur de l’opération.
Puis vient un cas d’étude beaucoup plus proche : La Querola d’Ordino, détruite en grande partie par un incendie le 22 septembre 2026. Près de vingt ans de développement, 130 millions d’euros d’investissement déclaré, 51 logements de luxe commercialisés entre 2,4 et 6,3 millions d’euros, aucune première occupation définitive et, selon la transcription, 22 000 m² touchés et six bâtiments sur sept détruits ou gravement affectés. Il s’agissait en outre du troisième incendie signalé sur le site en environ trente mois.
Le contexte financier et politique peut naturellement susciter des soupçons : liens historiques entre le projet et Andbank, clientèle russe et est-européenne, sanctions de 2022 et capitaux russes bloqués. Mais c’est précisément ici que l’enquête impose sa limite méthodologique.
Connaître un mode opératoire de sabotage russe ne prouve absolument pas que l’incendie de La Querola en soit un exemple.
Aucune attribution de ce type ne peut être faite sans preuves matérielles, expertise de l’origine du feu, analyses chimiques, vidéos, mouvements de personnes, communications, traces financières ou éléments judiciaires.


